LE BON ROI RENÉ
Aix-en-Provence, 1478-1480 — Voix lead : René

 
Tableau final, apaisé et crescendo vers un grand final tonitruant. Le vieux
roi, dans son atelier provençal, peint sur le vélin des anges aux ailes
douces, plante des orangers, des muscats, des mousses. Jeanne de Laval
l'accompagne, fidèle, seule dans cette campagne.
 
Il pense à sa fille Marguerite qui se bat outre-Manche pour une cause
perdue, pour un roi sans revanche, la Guerre des Deux-Roses. Il ne peut
plus l'aider, ses mains tremblent au pinceau, mais il prie pour sa voix,
pour son sang, pour sa peau. Louis XI, son neveu, lui a pris l'Anjou, lui
a pris ses terres. Mais le roi de France n'aura jamais ce que René garde
en prière.
 
Et le refrain arrive, transformé, celui qui fait le bilan de toute une
vie : "Ai-je été vraiment roi ? De l'amour en tout cas, c'est l'histoire
de ma vie, entre Isabelle et moi. Sans couronne ni trône, sans Naples ni
palais, on aura été libres, à Angers, à jamais."
 
Il salue les Provençaux qui le connaissent, les Angevins qui le voient. Il
n'a plus de royaume. Il leur dit bonsoir, en se laissant entrer dans leur
grande histoire. Puis il évoque sa mort prochaine : quand il mourra bientôt,
Jeanne défiera la loi, le cachera dans un tonneau, le ramènera par le Rhône
jusqu'à la Loire, la nuit, sans les soldats, pour le ramener à son
Isabelle, pour dormir près d'elle.
 
Dans le bridge parlé, il livre sa sagesse ultime : un roi sans royaume
épris de liberté, celui qui a tout perdu et qui a tout quitté. J'ai peint,
j'ai écrit, j'ai pleuré. Mais ma plus grande richesse, c'est de vous avoir
aimé.
 
Le narrateur conclut l'histoire : René d'Anjou, dit le Bon Roi, mort à
Aix-en-Provence le 10 juillet 1480. Ramené en Anjou par Jeanne de Laval.
Enterré dans la cathédrale Saint-Maurice d'Angers, près d'Isabelle de
Lorraine, sa première épouse, comme il l'avait demandé. La dynastie
s'enfonce dans la nuit. Mais son nom, lui, vit jusqu'à aujourd'hui.
 
Et alors, dans un grand final en fanfare, tambours de guerre, cuivres,
cloches et chœur monastique en pleine puissance, le dernier refrain
éclate, repris, augmenté, triomphal : "De retour dans ma ville à Angers,
à jamais." Le roi sans royaume est peut-être le seul roi libre.