NAPLES, LE RÊVE QUI BRÛLE
1438-1442 — Voix lead : Isabelle
Apogée du spectacle, dans un déferlement de fanfares et de cuivres : Naples
à l'automne 1438. Pendant trois ans, René et Isabelle règnent sur la
Méditerranée. Palais, faste, cour brillante. Mais Alfonso V d'Aragon n'a
jamais renoncé. Il attaque, il brûle, il avance. Et en 1442, Naples tombe.
Tout s'effondre.
Isabelle chante l'entrée triomphale : le port calme, l'orangeraie qui
berce, la foule sans controverse. Elle porte la couronne d'une reine
angevine, René est fier de ses origines. Ils ouvrent les palais, invitent
les peintres, les poètes florentins, les brodeurs aux mille teintes. Ils
rêvent d'un royaume étendu jusqu'à Jérusalem, plantent des oliviers,
baptisent leurs diadèmes.
Puis, basculement, une voile espagnole apparaît au loin. Alfonso
l'Aragonais, le fer, le feu, la vengeance. Le canon parle un matin de juin
brûlant, les remparts tombent, les hommes prennent le large. René et
Isabelle courent dans les couloirs fumants, sauvent leurs vies mais pas
leur rivage.
Depuis le bateau qui les emmène, Isabelle regarde l'Italie disparaître.
René lui tient la main sur le pont, comme autrefois, et lui dit sans
pleurer : "Mon amour, on a fait notre temps. On a été rois, pendant quatre
printemps."
Le narrateur referme sur le retour en France : Tarascon et son château
sur le Rhône, Anjou et les ardoises de Trélazé. Ils n'ont plus de royaume,
ils n'ont plus rien. Sauf l'autre. Onze années passent : René peint, écrit,
organise des tournois, fait bâtir dans la cathédrale d'Angers la chapelle
de l'ordre du Croissant. Isabelle retourne à Nancy, gouverne la Lorraine,
s'épuise. Elle revient mourir à Angers en 1453.