ISABELLE SEULE
1431-1437 — Voix lead : Isabelle

C'est ici le tableau le plus puissant de la pièce. Tandis que René est
enchaîné à Dijon, Isabelle a vingt et un ans et la charge d'un duché sur
les épaules. On la pense fragile. On se trompe.
 
Le narrateur annonce : pendant six années, elle va gouverner la Lorraine,
lever des armées, emprunter de l'or, négocier avec l'Empereur, et se faire
reconnaître souveraine. Et quand René héritera du royaume de Naples sans
pouvoir s'y rendre, c'est elle qui partira le conquérir à sa place.
 
Isabelle chante. On lui dit de pleurer, de prier, de supplier les cieux,
mais elle n'a pas le temps : ses enfants ont faim et le duché s'effondre
entre ses mains. Elle vend ses bijoux, signe des contrats, reçoit les
soldats, lève des combats. L'Empereur Sigismond la reconnaît duchesse de
droit, son cousin Vaudémont plie sous sa voix.
 
Elle lit les poèmes que René lui envoie de sa prison noire, des lettres
parfumées d'encre et de désespoir où il l'appelle sa reine. Elle y répond
en pleurant, la nuit. Puis elle part pour Naples, galère latine, et tient
quatre saisons contre l'Aragonais, pour garder à René son royaume et son
nom.
 
Dans un bridge murmuré, le narrateur énumère : cent mille écus d'or, le
Clermontois à Philippe, Bar cédé pour un temps. Elle accepte. Elle signe.
Elle paie. Puis Isabelle chuchote à René lointain : "Mon amour, je
t'achète. Et je le referai mille fois."
 
Elle conclut, lucide et magnifique : on dira peut-être que c'est René le
héros, c'est lui qui conquit, c'est lui qui porta le flambeau. Mais la
couronne est lourde quand un autre la porte, et l'amour est ce feu que
rien, jamais, n'emporte.
 
Le narrateur referme : six années ont passé. La rançon est réunie, les
territoires cédés. Philippe le Bon ouvre la porte. René sort.