LE PRIX DE LA LIBERTÉ
Mars 1437 — Voix lead : René
La grande porte de la prison s'ouvre. René sort vieilli, pâle, brisé. Il
a perdu des terres, des années, son insouciance. Il retrouve une femme
qu'il avait quittée jeune épouse, et qui est devenue souveraine. Ils ne
sont plus les enfants d'Angers.
Il chante sa sortie : il a poussé la grande porte, il a vu le vrai soleil,
il a pleuré sans bruit sur les marches de l'éveil. Ses cheveux ont blanchi,
ses mains tremblent. Il marche sur la terre comme un homme oublié par Dieu.
Puis il la revoit, Isabelle, près du cheval, la robe usée des routes. Elle
ne dit rien d'abord, elle lui prend juste la main, et six années de chagrin
s'effondrent d'un coup. Ils s'assoient sans force sur la pierre de la cour,
ils rient, ils pleurent pour tout ce qu'ils ont perdu pour toujours.
Ensemble, ils reprennent la promesse des épousailles, mais transformée :
"On sera rois, encore, toi et moi, malgré les terres cédées, malgré les
nouvelles lois, on repart, abîmés mais ensemble, vers un nouveau royaume,
vers une terre qui nous rassemble." Isabelle lui annonce la nouvelle :
Naples les attend, sa cousine Jeanne II est morte, le trône est pour lui.
Le narrateur fait le bilan doux-amer : le Clermontois perdu, Bar affaibli,
cent mille écus envolés. Mais dans leurs bras, les rêves n'ont pas encore
cessé. Ils ont quarante ans à peine, ils pensent que le meilleur vient.
Ils se trompent. Personne n'est à l'abri du pire.
Ils prennent la route sud, longent la Loire. René peint les châteaux le
soir sur un vélin. Isabelle chante une vieille chanson de leurs fiançailles.
Ils repartent vers Naples, vers un nouveau royaume, vers un ciel qu'ils
n'ont jamais connu.