BULGNÉVILLE, LE FER NOIR
Juillet 1431 — Voix lead : René

 
Onze années ont passé. Le père d'Isabelle est mort. Elle est duchesse de
Lorraine, mais son cousin Antoine de Vaudémont conteste ses droits,
soutenu par un homme bien plus puissant : Philippe le Bon, duc de Bourgogne.
René prend les armes pour défendre sa femme.
 
À Bulgnéville, trois mille contre dix mille. La défaite est totale. René
tombe vivant sur le champ de bataille, désarmé par Vaudémont. Un cavalier
noir plus froid que le silence lui annonce qu'il va apprendre ce qu'est la
Bourgogne en France. On le jette dans la cale, on le traîne à Dijon, et la
porte de la prison se referme sur lui.
 
Seul dans sa tour de pierre, René chante sa déchéance : il n'est plus qu'un
roi sans royaume, un nom affiché au mur d'un vieux couloir. Il écrit sur du
vélin pour ne pas mourir, dessine le visage d'Isabelle dans la poussière,
parle aux araignées quand l'ennui le divise.
 
Puis, moment de bascule glacé, Philippe le Bon entre en scène. L'homme le
plus riche d'Europe parle peu, parle bas, parle en chiffres. Cent mille écus
d'or. Le Clermontois. Cédez vos terres, cédez votre orgueil, ou restez ici
jusqu'à ce que votre femme oublie votre nom.
 
René pense à Isabelle au loin, supplie qu'elle tienne, qu'elle ait la foi.
Le narrateur referme : six années. Il va rester six années dans cette
prison. Et pendant ce temps, quelqu'un va se battre pour lui. Quelqu'un
qu'on n'attend pas.